Le 17 septembre, la Réserve fédérale (Fed), la banque centrale américaine, a relevé son taux directeur pour la première fois en trois ans. Un geste qui sonne comme un avertissement : l’inflation ne peut plus être ignorée. Les marchés actions l’ont d’abord mal accueilli, signant leur pire semaine depuis mars. Mais cette morosité n’a pas duré. Quelques jours plus tard, la baisse des cours du pétrole et un regain d’enthousiasme pour l’intelligence artificielle (IA) ont propulsé le Nasdaq à un nouveau record.
Le marché semble ainsi raconter deux histoires à la fois : celle d’un coût de l’argent qui augmente et celle d’une poignée d’entreprises qui paraissent y échapper.
Actions. Le S&P 500 a fini quasi stable, en repli d’environ 0,1 %, après avoir nettement vacillé au lendemain de la décision de la Fed. Le Nasdaq Composite a mieux résisté, gagnant environ 0,4 % avant de bondir encore lundi vers une clôture record, porté par Intel et Advanced Micro Devices. En Europe, le STOXX 600 a cédé 0,6 % et le DAX allemand 1,6 %, tandis que le Nikkei 225 grimpait de 1,4 % et le Hang Seng reculait de 0,4 %.
Ce que cela signifie. Des taux plus élevés réduisent la valeur actuelle des bénéfices futurs, d’où le repli des valeurs technologiques de croissance quand la Fed relève ses taux pour combattre l’inflation. Les investisseurs parient toutefois que la demande de calcul liée à l’IA reste assez forte pour soutenir les résultats quel que soit le niveau des taux, ce qui explique la hausse d’une poignée de valeurs de semi-conducteurs et de logiciels pendant que le reste du marché stagnait.
Taux et crédit. Le rendement de l’emprunt d’État américain à dix ans, référence pour le crédit immobilier et d’entreprise, est monté à 5,04 %, son plus haut niveau depuis 2007. Le Bund allemand est resté proche de 3,5 %, mais l’OAT française a grimpé vers 4,48 %, portant l’écart payé par la France sur l’Allemagne au-delà de 97 points de base (centièmes de point), son plus large écart depuis la crise de la dette de la zone euro de 2011-2012.
Ce que cela signifie. La hausse du rendement américain signale que les investisseurs voient désormais l’inflation, plus que la récession, comme le principal risque de l’an prochain, ce qui renchérit le crédit dans l’ensemble de l’économie. L’écart français raconte autre chose : les investisseurs exigent une prime plus élevée pour prêter à un gouvernement dont le déficit dépasse 5 % du revenu national et qui peine à faire adopter son propre budget.
Devises. Le dollar s’est renforcé sur un large front, tandis que l’euro reculait vers 1,16 dollar, la livre sterling vers 1,36 et le yen s’affaiblissait au-delà de 159. Le franc suisse, habituellement une valeur refuge en période de tension, a lui aussi cédé du terrain, passant sous 0,81 pour un dollar, son plus bas niveau depuis juillet.
Ce que cela signifie. Un dollar plus fort et des rendements américains plus élevés évoluent souvent de concert, l’argent affluant vers la devise qui rapporte le plus, ce qui explique que même le franc, pourtant défensif, ait reculé.
Matières premières. Le baril de Brent est passé d’un peu plus de 105 dollars à près de 101 dollars, tombant brièvement vers 96 dollars la semaine suivante, sur fond d’espoir d’une avancée diplomatique au Proche-Orient. L’or a poursuivi son repli depuis son record de janvier, au-dessus de 5 589 dollars l’once, vers 4 300 dollars. Le cuivre a résisté à la tendance, remontant vers 6,75 dollars la livre, porté par une forte demande chinoise.
Ce que cela signifie. La baisse du pétrole atténue la pression inflationniste qui inquiétait la Fed, les coûts de l’énergie se répercutant sur les dépenses des ménages. Le repli de l’or montre que la hausse des rendements réduit l’attrait d’un actif sans intérêt. La progression du cuivre suggère que les industriels continuent d’acheter le métal physique, signe que l’économie mondiale n’a pas ralenti autant que le craignent les marchés obligataires.
La semaine à venir. Les investisseurs surveilleront l’indice des prix des dépenses de consommation personnelle, l’indicateur d’inflation privilégié par la Fed, attendu le 26 septembre, pour juger si la hausse de taux était justifiée. Les enquêtes conjoncturelles, les inscriptions au chômage et les résultats de General Mills et Cintas donneront un aperçu de la santé de l’économie. En France, l’impasse budgétaire reste entière et pourrait continuer de peser sur les obligations du pays. La vraie question : ces données laisseront-elles à la Fed de la marge pour marquer une pause, ou la pousseront-elles vers une nouvelle hausse ?